samedi 1 octobre 2016

LE BIEN ET LE MAL SELON PAUL (acte II)


Paul avait fait ses bagages ( http://jackturfhotmailfr.unblog.fr/la-mondialisation-selon-paul/), il se retourna histoire de voir s’il n’avait rien oublié, mais surtout pour humer une dernière fois l’atmosphère de son studio, qui gardera quelques temps encore, les peurs, les joies, les émotions ressenties tout au long de ces années et qui flotteront dans la pièce comme un subtil parfum de nostalgie.

Paul, ne regrettait rien, l’aventure l’attendait, ce qui n’était pas pour lui déplaire, aimant relever les défis d’une jeunesse dont il savait qu’elle était son bien le plus précieux, tout en sachant que le temps lui était compté pour réussir sa vie. 

Paul,  plus ou moins confortablement installé dans l’avion qui le menait en Chine, feuilleta distraitement la bible qui ne le quittait jamais. Non pas qu’il fut un fervent pratiquant, mais le fait de la savoir près de lui le rassurait, son psychiatre personnel en quelque sorte mais qui ne lui coûtait pas un sou, le simple fait de se plonger dedans quand il avait le cafard, lui redonnant bon moral à chaque fois… 

Son attention s’arrêta cette fois sur le feuillet suivant : (l’arbre de la connaissance du bien et du mal se situait dans le jardin d’Éden, lieu où Adam et Ève furent créés par Dieu. Dieu défend à Adam de consommer des fruits de ce seul arbre, et l’avertit que s’il croque un seul morceau des fruits défendus, il mourra « certainement ». Plus tard, Dieu crée la femme et cette dernière mange du fruit défendu, sous l’influence du serpent qui lui révèle que l’homme et la femme ne mourront pas pour cela mais qu’ils seront alors comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. Convaincue, la femme goûte au fruit puis le partage avec son compagnon. Alors, immédiatement, leur prise de conscience du bien et du mal a l’effet de leur donner honte de leur nudité. Ils se couvrent donc et se cachent lorsqu’ils entendent la voix de Dieu.

Paul, n’avait jamais vraiment cherché à analyser ce qui est pourtant la source même de toute vie, le bien et le mal ne pouvant exister l’un sans l’autre, du moins en théorie. Il referma sa bible, s’allongea un peu plus, laissant un flot de pensées le submerger qui le plongèrent bientôt dans un abyme de réflexions…

Paul avait compris après avoir lu  » la création et son but « , qu’il ne fallait pas confondre le mal à l’état pur (originel) qui était la négation même de toute vie et le mal bien terrestre ou il vivait, conséquence de la lente évolution de l’espèce, laquelle au regard de l’échelle du temps cosmique, sort à peine de la préhistoire, (L’âge de l’univers correspond au temps cosmique écoulé depuis le Big Bang estimé à environ 13,7 milliards d’années).

Paul avait lu pas mal de thèses la-dessus, mais n’avait jamais été vraiment convaincu par les réponses apportées, ces théoriciens n’étant après tout, comme lui, que des créatures non encore abouties au regard du chemin restant à parcourir pour arriver à une civilisation digne de ce nom. Comment dans ces conditions, penser qu’une réponse satisfaisante pourrait être apportée à ses interrogations.

Pourtant se disait-il, quand on a compris que le mal originel (la négation même de toute vie) a été définitivement rayé du vocabulaire céleste, il est plus facile de comprendre, que ce que nous appelons le mal ici-bas, n’est en fait que l’opposition de forces titanesques mises en oeuvre pour permettre la survie de l’espèce n’ayant pour seul vecteur à ce jour que  " la loi du plus fort " .

Maintenant, l’être humain devait-il obligatoirement en passer par là pour évoluer ? Difficile d’être affirmatif, mais si seul le bien existait, alors la vie terrestre n’aurait aucune raison d’être puisque nous serions comme des anges au paradis et d’un autre côté si seul le mal existait, on peut supposer que sans forcément nous détruire mutuellement, nous serions quand même dans l’enfer éternel décrit par les auteurs de la bible, bref, l’antithèse de l’humanité.

Paul comprenait finalement que l’être humain ne serait jamais vraiment bon au sens biblique du terme, mais qu’il pouvait quand même évoluer vers une espèce de compromis, en reconnaissant l’imperfection humaine dans ses jugements et par une meilleure approche de notre vie sociétale, en supprimant par exemple au maximum les inégalités, source de rancoeur, menant vite à la haine de l’autre ou des systèmemis en place, puis en complétant notre approche innée du bien et du mal en revisitant notre manière de vivre ensemble. 

Car enfin se disait-il, si les hommes voulaient bien comprendre que le mal terrestre ne s’abreuve que dans notre inconscient collectif, ou le bonheur n’existerait que par l’acquisition de biens matériels, le mal y perdrait déjà l’une de ses principales sources d’influences.

Paul, commençait à se détendre, prenant conscience des réelles causes du mal terrestre, car quand on a une meilleure approche de ses faiblesses, il est plus facile de les combattre par la suite. Alors évidemment, il y aura toujours des gens dont l’âme s’est égarée, qui chercheront à maintenir à tout pris leur emprise sur les autres, mais si l’autre partie de l’humanité voulait bien comprendre : 

Qu’il ne sert à rien de se battre comme des chiffonniers pendant les soldes, 

Qu’il ne sert à rien de thésauriser à outrance (c’est une ineptie et une maladie proprement humaine que de vouloir amasser des biens terrestres à ne plus savoir qu’en faire, alors que notre espérance de vie moyenne ne dépasse guère 80 ans), 

Qu’il ne sert à rien de passer son temps dans les supermarchés le dimanche au lieu de s’occuper de l’éducation de ses enfants (on se demande bien comment faisaient nos grands parents qui travaillait 60 heures par semaine ?),

Qu’il ne sert à rien de se goinfrer tous les jours que Dieu fait pour se rendre malade et se gaver ensuite de médicaments, 

Qu’il ne sert à rien de stresser devant la télé en écoutant des infos toutes plus nauséabondes les unes que les autres, qu’un bon journal papier suffit pour s’informer, nous laissant ainsi le temps de prendre l’air et de parler avec nos voisins, 

Qu’il ne sert à rien de passer son temps à jalouser le bien des autres, le bonheur étant une fleur qui ne s’achète pas, mais qui ne demande qu’à émerger de la prison ou nous l’avons enfermé,

Qu’il ne sert à rien de s’épuiser à gratter des tickets, à remplir des cases de loto, à passer nos nuits au détriment de notre santé et de notre entourage sur des tables de poker virtuelles, sans âme,  qui pour quelques gagnants, nous plongeront dans des abimes de désespoir, nous faisant ainsi hurler face au ciel, mais pourquoi pas moi, pourquoi ? les dépressions et l’addiction au jeu qui s’en suivront, n’étant que la résultante de notre mauvaise vision de la vie,

Qu’il ne sert à rien  de se replier sur soi, en disant que de toute façon tout est pourri et que c’est toujours la faute des autres, alors que bien souvent nous créons notre propre malheur, quand ce n’est pas notre tombe…

Qu’il ne sert à rien, de voler, de piller, de violer, de massacrer des  êtres humains  et des animaux innocents, au nom de la barbarie génétique, le choc en retour, donc la punition encourue qu’elle soit terrestre ou céleste étant inéluctable,

Qu’il ne sert à rien, de suivre aveuglément nos gouvernants dans leur folie destructrice, envoyant nos enfants au combat, comme on envoie des animaux à l’abattoir, ne sachant même plus pour quel idéal ils combattent. Mais les peuples aussi sont responsables, n’osant pas affronter quelques individus alors qu’ils sont des millions, des milliards à pouvoir dire Non aux guerres, Non à la course aux armements, Non à l’appropriation par la force des ressources naturelles de la planète,

Paul , venait soudainement de comprendre que le mal terrestre, n’existe en fait que par notre perception erronée de l’existence, ou la présence de quelques prédateurs seulement gâchent la vie de milliards d’individus, lesquels n’existent en fait que par notre acceptation (prenant même à notre compte) de leurs propres peurs et vision de la vie communautaire, laquelle ressemble plus à celle d’une meute de loups soumise au mâle dominant, qu’à une société dite évoluée. 

Alors, sans aller à faire disparaître le mal de cette planète, Paul était persuadé qu’un simple changement de regard sur notre mode de vie et sur notre façon de concevoir la vie, changerait bien des comportements, faisant ainsi reculer le mal sous toutes ses formes, celui ci n’existant que par notre peur irraisonnée du lendemain, nos angoisses maladives, nos jalousies compulsives et notre part d’animalité nous soumettant à l’agressivité et à la loi du plus fort.

Au final, le monde se portera mieux, quand les hommes prendront pleinement conscience de leur place dans l’univers, qu’ils penseront enfin par eux mêmes, se libérant alors des carcans sociétaux, pour s’inventer un autre avenir que celui de subir le choix de quelques uns…

L’avion de Paul atterri sur le territoire Chinois, une nouvelle vie commençait pour lui !